Ce 23 juin a failli m’échapper. Tu te souviens certainement du tien, ce jour-là où l’engagement t’avait conduit juste devant l’Assemblée nationale. Ah Issa, toi et tes camarades m’avaient rendu fier, heureux. Issa, est-ce que tu sais que ce jour doit être conté par les présents, pas ceux qui ont été juste de passage, mais les présents.

Tu te rappelles que Serigne Mbaye Thiam était celui qui accueillait tout le monde. Nous l’avions trouvé sur place, organisant, encadrant. Je sais que tu sais que c’est l’arrivée de Bamba Dièye qui avait sonné le début des hostilités. Tu revois Serigne Mansour Sy Jamil,  au front, envahi de lacrymogènes, l’arrivée des étudiants, cette députée qui en avait perdu son moussor, ce citoyen perché sur Demba et Dupont, du matin au soir, ces milliers d’anonymes courageux, combattant, repoussant les forces de l’ordre.

Ce 23 juin n’était pas une manifestation d’identités remarquables mais un réveil des anonymes citoyens qui en avaient marre. Issa, Mame Thierno se souvient encore de sa course poursuite avec les forces de l’ordre, il avait escaladé un mur pour s’en sortir. La photo de Sinton à genoux, les mains levées au ciel, défiant les policiers, est toujours virale. Lui, se remémore le Biskrem de la dame en jeans et en t-shirt qui est devenue quelqu’une. Une histoire à écrire ce 23 juin.

Mais Issa, ce pourquoi nous nous étions levés, il est toujours actuel. Actuel, parce que des individus se sont appropriés la victoire du peuple, comme toujours. Issa, la Constitution n’était qu’un prétexte pour un engagement plus profond. Serigne Issa, que nous reste-t-il du 23 juin? Moi j’ai compris. Et je sais que toi aussi, tu as compris. Malheureusement, beaucoup n’ont pas compris. Rien compris.

Taffa Guèye, Saillies du Profane 23 juin

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