Un bandeau noir barre le haut de la page du site d’information burundais , avec ces deux informations déroulantes en continu : « notre journaliste Jean Bigirimana disparu depuis 1384 jours » et « Nos journalistes Christine, Agnès, Térence et Egide sont détenus depuis 197 jours. »

Cela fait en effet presque quatre ans que Jean Bigirimana a disparu à Bugarama dans le centre du pays, au plus fort de la répression consécutive à la contestation de la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat en 2015. Selon plusieurs témoins, il aurait été vu pour la dernière fois aux mains d’agents du Service national de renseignements. Depuis, plus aucune nouvelle. Et les autorités burundaises ne manifestent aucune volonté de faire avancer l’enquête.

En prison pour avoir voulu faire leur métier…

Autre affaire, celle des 4 journalistes de ce même site d’information, donc, Iwacu. Ils sont en prison depuis octobre dernier. Ils avaient été arrêtés à Bubanza, alors qu’ils s’apprêtaient à couvrir des affrontements entre l’armée et un groupe rebelle. Leur tort ? « Avoir voulu faire ce que font les bons professionnels dans la mesure du possible, s’exclame Iwacu : se rendre sur le terrain, constater, interroger, recueillir des témoignages, recouper, afin de donner l’information la plus complète possible. Ils n’en ont pas eu le temps. Ils ont été arrêtés dès leur arrivée et se trouvent depuis lors dans les geôles de la prison de Bubanza. Iwacu a fait appel de leur condamnation à deux ans et demi de prison. Ce mercredi, ils passent de nouveau devant les juges. Notre souhait, affirme Iwacu, est que, cette fois, les juges disent le droit. Nos quatre collègues se sont rendus à Bubanza pour exercer un droit reconnu par la Constitution du Burundi : le droit à l’information. D’ailleurs toutes les enquêtes menées depuis lors n’ont jamais pu démontrer un autre ‘crime’. Nous attendons cette comparution avec sérénité et espoir. Au moment où le Burundi est en pleine campagne électorale, ce procès est un bon baromètre du respect de deux valeurs fondamentales dans une démocratie : la liberté de presse et la justice équitable. »

Harcèlement ?

Autre pays, autre cas, celui d’Ignace Sossou… Ce journaliste béninois avait été condamné en décembre dernier en première instance à 18 mois de prison pour « harcèlement », suite à une plainte du procureur de la République. Ignace Sossou avait en fait rapporté sur les réseaux sociaux des extraits des propos de ce même procureur tenus lors d’un atelier sur les médias et les fausses informations. Des extraits sortis de leur contexte, selon le plaignant. Hier mardi 5 mai, en appel, 12 mois de prison ont été requis à l’encontre du journaliste et ses avocats ont demandé sa libération. Le jugement a été mis en délibéré pour le 19 mai.

Commentaire du site d’information béninois Banouto : « Les positions semblent bien tranchées entre la défense, la partie civile et le ministère public. Mais de quel côté penchera la Cour ? Difficile à dire. La seule chose qu’espèrent les acteurs des médias, c’est la libération du journaliste. »

« On ne reconnaît plus le Bénin ! »

« Libérez Ignace Sossou ! », s’exclame pour sa part WakatSéra au Burkina Faso. « Le malheureux message, incriminé parce que des propos du procureur auraient été sortis de leur contexte, pouvait-il conduire un journaliste qui ne faisait que son travail d’informer en prison ? Non, pouvons-nous répondre sans aucune crainte de nous égarer. La place d’un journaliste n’est pas derrière les barreaux, poursuit le site burkinabé, mais bien dans les rédactions pour faire jouir les populations de leur droit sacré à l’information saine et juste, selon l’éthique et la déontologie de la profession. Et ça, les dirigeants béninois doivent en tenir compte, eux dont le pays vient de connaître une nouvelle dégringolade dans le classement de la liberté de presse publié par Reporters Sans Frontières, chutant de la 96è place en 2019 au 113è rang en 2020. »

L’Observateur Paalga, toujours au Burkina, ne se prive non plus d’égratigner les autorités béninoises : « on ne reconnaît plus le Bénin, s’exclame le journal . Cette affaire se serait passée dans ces ‘démocratures’ qui continuent d’exister en Afrique que cela n’étonnerait pas grand-monde. Mais pas ici. Pas dans ce qui était considéré comme le ‘Quartier latin’ de l’Afrique. Pas dans ce qui a été qualifié de laboratoire de la démocratie en Afrique, qui fut le premier à organiser une conférence nationale souveraine. (…) Assurément, conclut L’Observateur Paalga, le Bénin n’est plus le même. »

rfi

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