Considérant que les écoles coraniques qui poussent comme des champignons dans la ville de Saint-Louis constituent un frein à la mission coloniale, le gouverneur général de l’Afrique-Occidentale française décide de prendre de fortes mesures. Après avoir créé des écoles laïques pour convaincre les musulmans indécis et contrer l’influence de l’école musulmane en vain, Faidherbe va tout simplement prendre un arrêté aujourd’hui 22 juin 1857 pour imposer sa volonté aux maîtres coraniques.

Convaincu de l’importance du rôle de l’école française dans les colonies, le gouverneur Faidherbe se donne tous les moyens d’en assurer leur installation sur les territoires sous son autorité. Ainsi va-t-il créer dès le mois de mars 1857 la première école laïque de Saint-Louis dans le quartier nord et, plus tard en 1864, une autre école verra le jour dans le quartier sud de la vieille ville. Dans le même temps, Faidherbe va s’attaquer aux écoles coraniques qui gagnent de plus en plus de terrain. Donc pour mener à bien son projet d’assimilation, le gouverneur de l’AOF s’appuie sur deux leviers: l’installation des écoles laïques pour convaincre les musulmans réticents à l’école catholique et la décapitation des écoles coraniques. L’arrêté du 22 juin 1857, tel qu’il est présenté, vise ainsi un double objectif.

Le texte entend d’abord chasser de Saint-Louis les mauvais marabouts et ensuite pousser les autres à envoyer leurs élèves à l’école française, en cours du soir. Pour tenir une école coranique, l’arrêté stipule que désormais il faut disposer d’une autorisation, être natif de Saint-Louis ou y avoir résidé pendant 7 ans au moins. Cette mesure, prise alors que Cheikh Omar Foutiyou Tall était en pleine guerre sainte contre eux, visait à mieux contrôler les marabouts tidjanes itinérants dans la ville.

Une fois son passage devant une commission d’examen approuvée, le maître coranique se doit de communiquer par trimestre, à une commission de surveillance, le nom et l’âge de ses élèves devant fréquenter les cours du soir de l’école française. Cela conformément à l’article 6 dudit arrêté qui affirme que: «les maîtres d’écoles musulmanes seront obligés de conduire ou d’envoyer tous les jours à la classe du soir (soit celle de l’école laïque, soit celle des Frères) tous les élèves de 12 ans ou au-dessus». Dans leur obsession de vouloir imposer vaille que vaille le français, l’administration coloniale va prendre un autre arrêté plus contraignant en 1870. Selon ce dernier texte: «nul ne pourra, à l’avenir obtenir une autorisation à tenir une école musulmane s’il ne justifie pas savoir le français devant un jury». Ce qui implique que les maîtres coraniques devront obligatoirement jouir d’un bon niveau de Français avant de dispenser des cours.

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