La pandémie du Covid-19 fait planer des risques sur la campagne de commercialisation des noix d’acajou en Casamance. Jusque-là aucun acheteur n’est encore visible sur le terrain, contrairement aux années précédentes à pareille période où on a l’habitude de noter une forte effervescence dans tous les coins et recoins de la région. Jusque-là, aucun signe ne montre qu’on est en période des noix d’acajou. Les opérateurs indiens, chinois ou vietnamiens qui en sont les principaux acheteurs sont introuvables et tous les magasins qui, d’habitude, étaient remplis de noix en cette période de l’année sont tous fermés. Ce qui plonge producteurs et intermédiaires dans une profonde inquiétude. En fait, le spectre d’une non campagne plane de plus en plus sur les trois régions que compte la Casamance naturelle. Une telle éventualité serait une catastrophe pour une bonne partie de la population de la région qui tire l’essentiel de ses ressources de vie dans la vente de ce produit, appelé par les économistes le nouvel or de la Casamance.

L’inquiétude gagne du terrain chez les acteurs

Selon Boubacar Diatta, un producteur de la région de Ziguinchor, la situation est très inquiétante chez les populations qui fondaient beaucoup d’espoirs sur la campagne de cette année vu que celle de l’année dernière ne s’était pas bien passée à cause de la chute des prix de la noix au niveau du marché mondial. Une situation qui avait créé un grand manque à gagner pour les producteurs qui ont été obligés de céder leurs récoltes à des prix dérisoires, souligne t-il.

 »Les producteurs des noix d’acajou sont inquiets parce qu’ils n’ont pas vu jusqu’à présent des gens venir pour acheter leurs noix à cause du coronavirus, alors que nous comptons sur la vente de ces noix pour assurer la survie de nos familles. Jusqu’à présent, on ne voit pas les opérateurs indiens et chinois qui sont encore dans leurs pays à cause de la crise sanitaire mondiale. Et pourtant, nous avions beaucoup d’espoirs avec la campagne de cette année, après celle ratée de 2019 à cause de la chute des prix du cajou au niveau mondial », pleurniche t-il. De l’avis de notre interlocuteur, le gouvernement doit prendre des mesures pour sauver la campagne comme il le fait avec l’arachide sans cela les planteurs de la région vont connaître une année très difficile.

 »Comme la maladie empêche les opérateurs asiatiques de venir, nous pensons que l’Etat doit prendre la campagne en charge comme c’est le cas avec l’arachide pour permettre aux producteurs de vendre leurs noix sinon ce sera la catastrophe. Nous voulons que l’Etat se substitue aux opérateurs étrangers et fixe les prix comme l’arachide et achète toute la production pour faire de la transformation », lance t-il. Sans quoi, il y aura inévitablement une mévente des noix cette année et une telle éventualité entraînera une famine dans de nombreuses localités de la région, argue t-il.

 »Si l’Etat ne prend pas en charge cette campagne, il y aura une mévente de nos récoltes et cela va créer la famine dans beaucoup de villages de la région. Or, la Casamance ne connaît pas la famine, les populations ont toujours pu manger et boire grâce à leurs productions de mangues ou de noix d’acajou », relève t-il.

Bacary Bodian, un autre producteur qui habite le village de Darsalam non loin de Ziguinchor, est du même avis, autrement il vit la même hantise.

 »C’est vraiment inquiétant cette année, pour nous producteurs de noix d’acajou. Depuis, le début de la récolte, on ne voit aucun acheteur dans nos villages du fait de ce coronavirus qui a perturbé tous les secteurs de la vie. Dans le passé, à l’heure-là, on était envahi par de nombreux acheteurs, mais cette année jusque présent, nous ne voyons personne, tout est bloqué, personne ne bouge », avance t-il avant de renseigner qu’actuellement, la seule question qui taraude l’esprit des producteurs, c’est de savoir si leurs noix seront achetées ou pas.

 »Les producteurs sont très inquiets, ils se demandent si leurs noix seront achetées ou pas. Nous interpellons l’Etat pour qu’il intervienne pour sauver cette campagne sinon nous risquons de nous diriger vers une situation désastreuse », insiste t-il. Il signale qu’en attendant d’éventuels acheteurs, les producteurs se confinent à récolter et à stocker leurs noix.

Siaka Diallo, un intermédiaire, qui s’est confié à nous, note que leurs partenaires indiens ou chinois sont encore confinés chez eux à cause de la crise sanitaire qui secoue le monde, donc les intermédiaires n’ont jusque-là pas de financement pour démarrer la campagne. Et à l’état actuel des choses, c’est l’incertitude totale pour ce qui est de la campagne de cette année.

 »Nous ne pouvons pas démarrer la campagne vu le coronavirus, nos partenaires extérieurs se trouvent au Viet-Nam, en Inde et en Chine. Compte tenu de l’impossibilité de venir au Sénégal d’abord,… Vous savez que la frontière aérienne est fermée et chez eux aussi, ils sont en confinement.  Personne parmi nous les intermédiaires n’a reçu de financement. Cela pose énormément de problèmes…  », a t-il souligné avant de mentionner que l’inquiétude gagne tous les acteurs de la filière chaque jour qui passe. Il confie que lui et ses amis vont essayer de prendre contact avec les autorités étatiques pour trouver des solutions pour sauver cette campagne.

 »L’inquiétude a gagné tous les acteurs de la filière. Maintenant, je pense que nous allons explorer au fur et à mesure les voies et moyens pour pouvoir sauver la campagne. Nous allons prendre contact avec les autorités de l’Etat pour échanger profondément avec eux sur cette question en vue de trouver une solution dès que ce coronavirus baisse au niveau du Sénégal. Nous allons solliciter l’Etat afin qu’il nous accompagne au niveau des institutions financières pour que nous puissions accéder aux financements pour pouvoir acheter la production et stocker en attendant une amélioration de la situation au niveau mondial », confie t-il.

Encore un brin d’espoir … 

Selon Bassamba Diédhiou, secrétaire général de la Chambre de commerce de Ziguinchor, qui garde encore espoir quant à la tenue de la campagne, une non vente des noix d’acajou serait synonyme d’asphyxie économique et social pour les populations de cette région dont l’essentiel des ressources de vie provient de ce commerce.

 »Je comprends très bien que les gens soient inquiets et puissent penser à une non campagne. Mais jusqu’à preuve du contraire, je pense qu’il y aura un décalage de campagne, mais il y aura quand même campagne. Maintenant, s’il n’y a pas campagne, ça c’est le cas extrême, cela veut dire que c’est une situation catastrophe. Les populations ici en Casamance comptent essentiellement sur la vente de leurs noix d’anacarde. Aujourd’hui, la plupart des agriculteurs compte fondamentalement sur un bon déroulement de la campagne d’anacarde pour survivre. C’est là qu’ils tirent les 90% des ressources financières pour vivre le reste de l’année. S’ils ne vendent pas, ça va être extrêmement difficile pour eux sur le plan financier, social et familial », avance t-il, soulignant que la campagne des noix d’acajou est une priorité. C’est pourquoi le gouvernement du Sénégal s’est engagé depuis deux ans à appuyer le processus de commercialisation et d’exportation de ce produit pour permettre aux populations d’y tirer plus de profits. À son avis, le seul salut aujourd’hui par rapport à cette situation, c’est que la noix d’acajou n’est pas une denrée hautement périssable, donc il y a une possibilité pour les producteurs de conserver les récoltes en attendant que des opportunités de vente s’offrent à eux.

 »Heureusement que la noix d’acajou n’est pas un produit rapidement périssable. Donc les producteurs n’ont qu’à commencer à récolter, à sécher et à respecter les conditions de stockage, dans ce cas, même s’il n’y a pas campagne tout de suite, si la noix est bien conservée, tôt ou tard il y aura une campagne, donc ils pourront vendre leurs récoltes à l’avenir. Dans d’autres pays, il y a des stocks qui sont restés un an avant d’être vendus. Mais cela veut dire que les ressources financières ne parviendront pas aux producteurs cette année d’où l’inquiétude quand on sait c’est ça leur source de vie », affirme t-il.

Chaque année, la Casamance naturelle produit environ quarante mille tonnes de noix d’acajou. Plus de la moitié des terres cultivables de la région est occupée par des forêts d’anacardiers. Des chiffres fournis par le ministère du Commerce révèlent que la campagne de l’année dernière a permis de générer plus de 30 milliards de francs Cfa et que toutes ces noix, sorties de la région ont été exportées à partir du port de Ziguinchor qui devient un véritable hub commercial le temps de la campagne.

Ibrahima DIALLO – Correspondant Archipo.com/Ziguinchor

 

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