» Le découpage de 1885 fut imposé par l’épée et le fusil. Mais le cauchemar de l’épée et du fusil fut suivi de la craie et du tableau noir. À la violence physique du champ du bétail succéda la violence psychologique de la salle de classe. Alors que la brutalité du premier sautait au yeux, celle de la deuxième se para de bonnes intentions, comme le montre le roman L’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane où l’impérialisme colonial se distingue par le pouvoir de dispenser alternativement, avec égale efficacité, la blessure et les soins :  » On commença, dans le continent noir, à comprendre que leur puissance véritable résidait, non point dans les canons du premier matin, mais dans ce qui suivait ces canons. L’école nouvelle participait de la nature du canon et de l’aimant à la fois. Du canon, elle tient son efficacité d’arme combattante. Mieux que le canon, elle perennise la conquête. Le canon contraint le corps, l’école fascine les âmes. » Le principal moyen par lequel ce pouvoir nous fascina fut la langue. Il nous soumit physiquement par le fusil : mais ce fut par la langue qu’il subjugua les esprits. » Ngugi wa Thiong’o, Décoloniser l’esprit, p.28

« L’assimilation n’a pas été un simple caprice fascisant d’un dictateur sénile, mais constitue réellement une forme recherchée de l’esclavage mental…un processus délibéré de négation de toute la culture, de toute l’histoire, de toute la tradition de notre peuple. L’homme ainsi détruit spirituellement, devenait une carcasse vivante, dans laquelle s’implantaient docilement les modes de penser, d’agir, de vivre du colonisateur. » Samora Machel, cité par Said Bouamama, Manuel strategique de l’Afrique, tome 1, p.53

« L’alienation coloniale prend deux formes indissociablement liées: l’une qui consiste à se détacher volontairement ou involontairement de la réalité environnante ; l’autre qui consiste à s’identifier volontairement ou involontairement à des éléments parfaitement étrangers à cette réalité. L’alienation coloniale se met en place dès que la langue de conceptualisation, de la pensée, de l’éducation scolaire, du développement intellectuel, se trouve dissociée de la langue des échanges domestiques quotidiens ; elle revient à séparer l’esprit du corps et à leur assigner deux sphères séparées. À une échelle plus globale, elle aboutit á une société d’esprits sans corps et de corps sans esprits. » Ngugi wa Thiong’o, Décoloniser l’esprit, p.61

 » Sortir de la victimisation est fondemental. C’est une tâche peu aisée. L’éducation que nous avons reçue et la conception du monde qui en découle sont responsables de notre irresponsibilité. Avons-nous jamais été responsables de nous-mêmes? Nous avons été toujours sujets, colonisés. Il en reste des traces. Vous avez été à l’école, vous avez appris le français, vous avez oublié votre langue natale, etc. Lorsqu’on a commencé à écrire le créole, lorsqu’on a décidé de l’enseigner, le peuple n’a pas été transportée de joie. Je visite souvent des écoles, je vais voir les gens…récemment, j’ai rencontré à qui j’ai demandé:  » Madame, vous…savez qu’une mesure extrêmement interessante vient d’être prise: on va enseigner le créole à l’école. Êtes-vous contente? » Elle m’a répondu  » Moi contente? Non… »Si j’envoie mon enfant à l’école, c’est pas pour lui apprendre le créole, mais le français. Le créole, c’est moi qui le lui enseigne, et chez moi. »…l y avait une part de vérité. Nous sommes des gens complexes, à la fois ceci et cela. Il ne s’agit pas de nous couper en deux. » Aimé Cesaire, Nègre je suis, Nègre je resterai, entretien avec Françoise Vergès, p.p 41-42

Bosse Ndoye tiré de sa page Facebook

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