Naître en France, en cette fin d’année si particulière, c’est commencer sa vie avec près de 40 000 euros de dette. Un indicateur parmi d’autres des secousses subies ces derniers mois par l’économie française. Un indicateur parmi d’autres des secousses subies ces derniers mois par l’économie française.Avec la crise, l’Etat se finance désormais autant par l’endettement que par l’impôt.
Le montant des émissions de dette en 2020 et 2021 sera aussi élevé que les recettes fiscales de l’Etat, ce qui constitue une première. Pour autant, le quatrième budget rectificatif pour 2020 a encore revu à la baisse la charge de la dette.

Depuis le début de l’année, la crise sanitaire a tourneboulé tous les repères de l’économie française. Un autre totem est en train de tomber : la dette va tellement flamber à cause de la pandémie de Covid-19 que l’Etat va se financer cette année autant par l’endettement que par l’impôt. C’est ce qui ressort de l’analyse faite par Jean-François Husson (LR), le rapporteur général du Budget au Sénat, dans son rapport sur le projet de loi de Finances 2021 paru en fin de semaine dernière . Une situation hors norme, qui paraissait inenvisageable il y a peu, compte tenu du niveau élevé de la pression fiscale en France.

Du coup, la France doit émettre chaque année de plus en plus d’emprunts d’Etat – à la fois pour le refinancement du stock de dettes qui arrive à échéance, mais aussi à cause de son déficit. Ainsi en 2020 comme en 2021, le montant des OAT (Obligations assimilables du Trésor) représentera environ 260 milliards d’euros. Un niveau record… supérieur à celui des recettes fiscales nettes : celles-ci sont en forte baisse à cause de la pandémie et ne devraient pas dépasser 250 milliards en 2020. Pour l’an prochain, Bercy espère engranger 270 milliards de rentrées d’impôts, mais rien n’est sûr avec la résurgence de la pandémie.

En clair, l’endettement devient aussi important que l’impôt pour assurer le train de vie de l’Etat. Le rapport du sénateur LR rappelle que le montant des emprunts « était deux fois inférieur avant la crise de 2009-2010 » aux recettes fiscales, ce qui dit l’importance du chemin parcouru. Encore en 2013, au pire de la crise pour les finances publiques, les rentrées d’impôts s’élevaient à 284 milliards, soit 70 % de plus que le montant de dettes émis (168,8 milliards).

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L’an prochain, Bercy table sur une légère remontée de la charge de la dette, à 36,4 milliards. Mais rien ne dit que son coût ne va pas continuer à baisser. Cette prévision est basée sur l’hypothèse que les taux à dix ans vont remonter de -0,25 % actuellement à 0,7 % fin 2021. Or « les marchés financiers n’anticipent pas de remontée des taux longs à cet horizon », rappelle le rapport sénatorial, qui précise que le consensus est plutôt sur l’horizon fin 2023 pour cette hausse. D’ailleurs, le FMI prévoit aussi une quasi-stabilité de la charge de la dette jusqu’en 2025 dans ses dernières prévisions .

En clair, l’endettement pourrait donc ne pas être un sujet brûlant pour quelques années encore. Ce qui n’empêchera pas certains économistes de mettre en garde contre le niveau actuel de la dette, problématique dans le cas d’une nouvelle crise qui réclamerait des marges de manoeuvre budgétaires pour y répondre. L’exécutif veut montrer qu’il prend le sujet au sérieux, et a annoncé la semaine dernière la création d’un groupe de travail composé d’experts pour réfléchir aux pistes de rétablissement des finances publiques.

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