Alors que Donald Trump se refuse à reconnaître sa défaite, le président élu a promis, dès l’annonce de sa victoire, d’être un chef d’Etat « qui rassemble et non pas qui divise » et assuré tout mettre en œuvre pour maîtriser l’épidémie de Covid 19Tout juste président élu et déjà à la tâche. Déclaré vainqueur de l’élection présidentielle samedi 7 novembre en fin de matinée, Joe Biden a respecté, dimanche, le rite de la messe dominicale à Wilmington, dans le Delaware, accompagné par la visite au cimetière où repose notamment son fils Beau, emporté par un cancer en 2015. Il a ensuite affiché la volonté d’agir rapidement en nommant un ancien administrateur de la santé publique des Etats Unis, Vivek Murthy, et un ancien responsable de la Food and Drug Administration (FDA), David Kessler, comme coprésidents d’un groupe de travail consacré à l’épidémie de Covid 19. Centrale dans ses discours, la maladie va vraisemblablement occuper ses premiers mois à la Maison Blanche alors que les contaminations s’intensifient dans le pays. Le même jour, Joe Biden a rendu public le site Internet consacré à la transition qui le sépare de sa prise de fonctions, dans un peu plus de deux mois, et qui va devenir le porte-voix d’une administration en gestation. Cette énergie a tranché avec l’immobilisme de la Maison Blanche. Pour le quatrième jour ouvré consécutif, l’agenda de Donald Trump pour le 9 novembre, communiqué dimanche soir, était ainsi totalement vierge.

Joe Biden compte dans son entourage de nombreux spécialistes des rouages de l’Etat fédéral, certains aguerris par l’expérience d’avoir été ses conseillers lorsqu’il occupait les fonctions de vice ­président, de 2009 à 2017. Il est de coutume que les postes stratégiques ne nécessitant pas de confirmation par le Sénat soient annoncés en premier, dont celui de « chief of staff », qui combine les fonctions de secrétaire général de la Maison Blanche et de chef de cabinet. Ronald Klain et Steven Ricchetti, qui ont joué successivement ce rôle auprès de Joe Biden entre 2008 et 2016, peuvent y prétendre.« UNE ÈRE DE DIABOLISATION »Le lancement de cette transition va cependant buter sur un obstacle attendu mais inhabituel : le refus du président sortant d’accepter pour l’instant sa défaite. Donald Trump s’accroche notamment aux recours devant la justice déposés dans les Etats les plus disputés, alors que les décomptes en Géorgie et dans l’Arizona, deux Etats encore non attribués, restent pour l’instant favorables à l’ancien vice­ président. Le calendrier postélectoral prévoit que les Etats soldent leurs contentieux électoraux au cours des cinq semaines qui suivent le scrutin, avant le vote formel des grands électeurs du collège électoral fixé au 14 décembre. Le président sortant s’est refusé pour cette raison à reconnaître sa défaite au cours de l’appel téléphonique devenu traditionnel avec le vainqueur de l’élection et n’envisage pas, pour l’instant, d’inviter Joe Biden à la Maison Blanche. il y avait été reçu pour sa part par Barack Obama le surlendemain de sa victoire, le 10 novembre 2016.

Ce blocage explique peut ­être pourquoi l’administratrice des services généraux de l’Etat fédéral, Emily Murphy, une républicaine nommée à ce poste en décembre 2017 par Donald Trump, n’a pas officiellement établi que le démocrate est le « vainqueur apparent » de l’élection après la décision de l’agence Associated Press, la même qui avait bénéficié au républicain quatre ans plus tôt. Dans la pratique, cette reconnaissance par l’administratrice n’a rien d’anodin. Elle entraîne en effet le déblocage de millions de dollars prévus pour financer la transition et permet aux conseillers de l’équipe vouée à prendre les commandes de l’Etat de travailler en amont de la passation de pouvoir avec les agences fédérales. Cette attitude a incité d’anciens responsables démocrates et républicains à exhorter l’administration de Donald Trump à aller de l’avant « pour commencer immédiatement le processus de transition ». « Ce fut une campagne âprement disputée, mais l’histoire regorge d’exemples de présidents qui ont émergé de telles campagnes pour aider gracieusement leurs successeurs », ont déclaré les membres d’un conseil consultatif bipartisan. Cette tension postélection illustre l’ampleur des difficultés auxquelles va rapidement se heurter Joe Biden. Transfiguré par la victoire, ce dernier a pourtant fait assaut d’optimisme lorsqu’il s’est présenté devant les Américains après la décision de l’Associated Press, samedi soir, à Wilmington. Magnanime, le démocrate n’a même pas évoqué le comportement de celui auquel il succédera. L’ancien vice président, après quarantesept ans de vie publique, s’est montré, à sa manière, révolutionnaire. Pendant toute sa campagne, il n’a cessé de parler d’unité, martelant des formules répétées samedi soir.

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