Par Hugeux Vincent,
publié le 04/03/1993 à 00:00

Voilà plus de dix ans que les Diolas de Casamance mènent la vie dure aux militaires sénégalais et aux «colonisateurs» venus du Nord. Une guerre des ombres que la récente élection présidentielle vient de ranimer..
Enveloppé dans un drap maculé de sang, Mamadou gît sur son lit d’hôpital, l’épaule gauche traversée par une balle. Au petit matin, le 24 février, un commando du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) a attaqué Baghagha, à 25 kilomètres à l’est de Ziguinchor, capitale de cette province insoumise du sud du Sénégal, coincée entre la Gambie et la Guinée-Bissau. «Je dormais, raconte le jeune mécanicien mandingue. Soudain, on frappe. Face à moi, deux rebelles diolas [ethnie dominante en basse Casamance]. Ils examinent ma carte d’identité, me dérobent 100 000 francs CFA (2 000 francs) et m’invitent à les suivre dans le maquis. Je refuse. Alors, ils ont tiré.» L’imam de la mosquée, lui, sera abattu. Déjà, en 1990, un raid avait coûté la vie à son prédécesseur et à 7 villageois.

L’ARGENT DU CANNABIS
Sur un terrain propice à la guérilla – forêts touffues, lacis de marigots et de «bolong», ces chenaux marins ourlés de palétuviers – l’ «armée d’occupation» néglige volontiers les consignes de retenue venues de Dakar. Car elle traque des combattants qui, leur forfait accompli, regagnent en pirogue des sanctuaires connus d’eux seuls, situés parfois en territoire bissau-guinéen, chez les frères diolas. Et parés, aux yeux du troufion musulman du Nord, d’une inquiétante aura magique. On prête à ces fervents animistes le pouvoir de se muer en arbres au coeur des bois sacrés. Combien sont-ils? Quelques milliers, fondus dans une société complice ou apeurée, plus insaisissables encore depuis l’anéantissement de leur camp de base. Il est loin, le temps des machettes et des MAS 36. Financés en partie par l’argent du cannabis, cultivé dans le nord-ouest de la Casamance, les maquisards manient le kalachnikov et le lance-roquette. Nul doute que le MFDC n’offre aussi aux bandits de grand chemin un paravent commode. Autour de Bignona, des villageois, las des vols et des rackets, ont formé des milices d’auto-défense. Dans cette guerre des ombres, seuls les morts ne mentent pas: 300 depuis août 1992…

Sources: l’express

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