La pandémie du Covid-19 met dans le désarroi les producteurs de bananes de la Moyenne Casamance. En fait jusque-là, ils ne voient aucun acheteur et particulièrement les commerçants du nord du pays qui ont l’habitude d’acheter presque leur récolte. Et pour cause, les mesures de restriction interdisant les voyages d’une région à une autre, prises par le gouvernement, pour éviter la propagation du coronavirus qui bouleverse actuellement le monde, empêche ces acheteurs de descendre en Casamance. Conséquence: les producteurs ne savent pas que faire de leur production qui risque de pourrir sur les bananiers. Une éventualité qui pourrait avoir des répercussions graves sur la vie des populations de cette partie de la région de Sédhiou, souligne Younouss Camara, un des acteurs de la filière, habitant la zone. Selon lui, une mévente des récoltes créerait un manque à gagner énorme pour les exploitants de plantations.

 »Avec le coronavirus, la commercialisation de nos bananes est bloquée. La plupart de nos clients viennent de Dakar, Mbour, Touba, Louga ou Saint-Louis, mais à cause de l’interdiction du transport interrégional, nous ne les voyons pas pour le moment. Et cela nous inquiète énormément », indique-t-il avant de confier que pour ces mêmes raisons, leurs traditionnels clients basés à Ziguinchor, Kolda et dans la sous-région (Mali, Guinée-Bissau ou Gambie) sont, eux aussi, invisibles pour le moment. Cela se répercute négativement sur le démarrage de la campagne de commercialisation de la filière banane dans toute la Moyenne Casamance, fait-il remarquer.

Se souvenant des périodes fastes, Younouss Camara révèle qu’avant l’arrivée de la pandémie, lui et ses collègues parvenaient à écouler, au moins, plus deux cents cinquante tonnes de bananes par semaine. Ce qui est contraire à la situation présente où leur vente maximale ne dépasse pas un camion par semaine, renseigne t-il soulignant que cela est très insignifiant au regard des fortes quantités de production sur place. Dans la foulée, il interpelle le gouvernement qu’il invite à prendre des mesures urgentes pour sauver leurs récoltes. Sinon, les jeunes que les acteurs de la filière avaient réussi à retenir dans leur terroir grâce à ces bananeraies risquent de reprendre le chemin de l’exode rural voir celui de l’émigration clandestine, avance t-il.

À signaler que la production de banane a été lancée en Moyenne Casamance dans les années 70 par le gouvernement du Sénégal, avec un projet qui s’appelait  »les Petits Périmètres Bananiers de Sédhiou ». Grâce à ce projet, la filière prendra rapidement son envol dans la région car les producteurs étaient bien encadrés par des techniciens du ministère de l’Agriculture. La Moyenne Casamance va devenir la deuxième région productrice du Sénégal derrière celle  de Tambacounda. Mais, le développement de la filière sera freiné par le conflit casamançais né en 1982. En effet, beaucoup de producteurs seront contraints d’abandonner leurs plantations à cause de l’insécurité pour aller se réfugier sous d’autres cieux. La plupart des bananeraies qui s’étendaient sur des kilomètres parfois, vont alors disparaître. Mais dès la baisse de l’intensité du conflit, beaucoup de producteurs vont reprendre leurs activités et très rapidement de nouveaux vergers vont sortir de terre grâce à l’appui de bailleurs de fonds comme la coopération canadienne. Certes aujourd’hui, on est encore loin des années où la région produisait plus de 7000 tonnes de bananes par an, mais avec les nouvelles ambitions des producteurs, on pourrait rapidement dépasser ce tonnage.

Ibrahima Diallo – Correspondant Archipo.info/Ziguinchor

 

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