« C’était le jeudi 30 juillet 2020, veille de la Tabaski, un grand jour pour moi que je ne pourrais jamais oublier ; c’est comme si je venais de renaître. Il y a eu des moments où j’étais désespéré. Je pensais que j’allais passer toute ma vie en prison. N’oubliez pas que j’étais condamné aux travaux forcés à perpétuité. Pourtant, même si c’est difficile à comprendre, j’avais le pressentiment que tout cela allait finir un jour. Mais je ne pouvais pas deviner quand cela allait arriver. Je ne cessais de prier pour que cela arrive le plus tôt possible. Mes codétenus ont sauté de joie quand ils ont appris que j’allais enfin sortir de prison. J’étais le plus ancien parmi les détenus. Savoir que j’allais enfin être libre les a aidés à garder espoir. Ils l’ont appris en regardant la Tfm (il y a maintenant la télévision en prison) et lorsqu’ils ont vu l’annonce de ma libération défiler au bas de l’écran, ce fut une énorme explosion de joie. Il pleuvait c’était une fine pluie et je me trouvais hors des chambres, dans la cour de la prison, assis près du Daara, plongé dans la réflexion. Ils sont sortis des chambres et ont couru vers moi. Tous ont tenu à me prendre dans leurs bras pour me féliciter. C’était magnifique. Même ceux qui purgent une peine de travaux forcés à perpétuité ont tenu à oublier un temps leur situation pour m’encourager et me demander d’être le porte-drapeau des détenus, de relever le défi de la réinsertion et de ne jamais les oublier.

« L’air frais, les gens qui circulent sans entrave, ma mère, ma tante qui sont là en face de moi à m’attendre, c’est à ce moment que j’ai vraiment compris que la liberté n’a pas de prix. Mes premiers instants à savourer la liberté. Ma tante est tombée en syncope quand elle m’a aperçu à la porte de la prison tenant mes bagages. Ce sont les gardes qui l’ont secourue en l’évacuant à l’infirmerie. J’ai attendu qu’elle retrouve ses esprits. Un trajet que j’ai trouvé trop long, car j’étais pressé de retrouver Rufisque, ma ville natale que j’ai redécouverte en pleine période de préparatifs de la Tabaski. Les images défilaient trop vite. J’ai voulu m’intéresser à tout. Puis, lorsque le véhicule s’est garé enfin à la porte de la maison familiale où j’ai vu le jour en 1978, je n’avais plus de mots pour répondre à mes nièces qui sont nées pendant que j’étais en prison. J’étais très émotionné ».

L’Observateur

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