9 Novembre 2008

L’Assemblée nationale vote à 111 voix contre 22 la révocation de Macky SALL du poste de Président de l’hémicycle qu’il occupait. Son mandat de 5 ans avait d’abord été réduit à 1 an après l’invitation qu’il avait faite à Karim WADE, fils du Président de la République et Ministre chargé des infrastructures, à venir rendre compte à la représentation nationale des dépenses effectuées dans le cadre des préparatifs du sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (O.C.I.).

Changer la Constitution pour se débarrasser d’un ancien premier ministre ambitieux. Abdoulaye Wade, président du Sénégal, pays censé symboliser l’exemplarité démocratique africaine, n’a pas hésité à employer les grands moyens pour évincer Macky Sall, chef du gouvernement entre 2004 et 2007. Car M. Sall, président de l’Assemblée nationale jusqu’à dimanche, est désormais considéré par le pouvoir comme un rebelle.

Les députés sénégalais ont en effet adopté, dimanche 9 novembre, une résolution  » mettant fin » à ses fonctions par 111 voix contre 22. Massivement, l’Assemblée, où le Parti démocratique sénégalais (PDS) du président Wade dispose d’une majorité écrasante depuis les élections législatives de 2007 boycottées par l’opposition, a satisfait la volonté du chef de l’Etat de limoger le président qu’elle s’était donné.

Un mois plus tôt, le 13 octobre, le Parlement avait déjà voté sans barguigner une loi d’inspiration présidentielle modifiant la Constitution réduisant de cinq à un an la durée du mandat du président de l’Assemblée et du Sénat. Le 21 octobre, le président Wade avait promulgué le texte qui  » s’applique au mandat en cours ». Le feuilleton de la disgrâce de Macky Sall, qui agite les milieux politiques sénégalais et la presse depuis un an, venait de trouver son épilogue.

Il avait débuté lorsque le nouveau président de l’Assemblée avait avalisé la décision de la commission des finances d’auditionner Karim Wade, fils du président de la République. Les députés souhaitaient questionner M. Wade junior sur sa gestion financière de l’Agence chargée des grands chantiers de Dakar liés à l’organisation de la Conférence islamique de mars 2008, dont il est président.

L’initiative avait suscité la colère du chef de l’Etat, et n’avait pas connu de suite. Le différend entre M. Wade père et Macky Sall avait rapidement pris une tournure personnelle. En septembre, l’invitation de M. Sall par le Sénat français avait été considérée comme un casus belli. Dimanche, les députés sénégalais ont justifié sa mise à l’écart par « ses activités personnelles » à l’étranger et la crise de confiance avec l’exécutif.

L’affaire se réduirait à une simple lutte d’influence au sommet de l’Etat si elle ne reflétait pas l’âpreté de la querelle pour la succession du président Wade, 82 ans. Longtemps alliés, l’ancien premier ministre, âgé de 46 ans, et le fils du président, 40 ans, affichent désormais leurs ambitions. Le chef de l’Etat sénégalais, qui se défend de toute dérive monarchique, semble pourtant tout faire pour écarter les rivaux de son fils. Avant M. Sall, il avait limogé en 2004 une autre étoile montante de la vie politique, son ancien premier ministre Idrissa Seck, qui s’est présenté contre lui à l’élection présidentielle de 2007.

Juste après son éviction du perchoir de l’Assemblée, Macky Sall est entré lui aussi dans l’opposition. Il a démissionné du PDS et de ses mandats de député et de maire, dénonçant « une procédure antidémocratique qui n’honore pas le Sénégal ».

archives/archipo.info

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